Pourquoi attendre d’être malade pour prendre soin de sa santé ?

Prévenir, transmettre, accompagner : ce que je défends comme mère, comme femme et comme naturopathe.

La prévention santé ? Tout le monde semble d’accord. Pourtant, combien de personnes disposent du temps, des repères et de l’accompagnement nécessaires pour passer de cette intention à des changements durables ?

Je suis une femme, mère de deux filles. Je suis aussi naturopathe. Et cette question me travaille : à l’instar des Octobre rose, 18 octobre journée de la périménopause, 19 octobre journée de la douleur, dans un pays attaché à la Sécurité sociale, pourquoi avons-nous encore si souvent le sentiment de devoir attendre que notre santé se dégrade pour nous en occuper sérieusement ? 

Nous pouvons passer des années à tirer sur la corde pour tenir le rythme, avant de consacrer beaucoup de temps et d’argent à essayer de récupérer. Bien sûr, les choses sont plus complexes. Mais cette contradiction mérite qu’on s’y arrête.


Le cancer a des visages et des prénoms

Une amie — M., je t’embrasse fort, je sais que tu me lis —, mon père, ma grand-mère paternelle, des collègues, des épouses d’amis, le grand-père de mes filles ont été touchés par le cancer. Certains ont été terrassés. Violemment. Partis en un éclair. Je suis loin d’être la seule à pouvoir écrire une telle liste. Et quand on a mis les pieds à Gustave Roussy, on s’en rappelle. 

La maladie prend une réalité que les chiffres, seuls, ne peuvent pas raconter. Nous ne pouvons plus fermer les yeux ni nous boucher les oreilles. Ce que nous savons des facteurs de risque évitables doit se traduire par des moyens d’agir. Et lorsque la maladie survient, les personnes doivent pouvoir être accompagnées dans ce qu’elles vivent au quotidien.

Une augmentation que le dépistage ne suffit pas à expliquer

En France métropolitaine, le nombre annuel de nouveaux cas de cancer a doublé entre 1990 et 2023, pour atteindre environ 433 000 cas estimés en 2023. La croissance et le vieillissement de la population expliquent une grande part de cette hausse. L’évolution des pratiques de dépistage et de diagnostic intervient aussi, selon les cancers. Mais elle ne suffit pas à tout expliquer : certains facteurs de risque évoluent également. Chez les femmes, le taux d’incidence tous cancers, corrigé des différences de structure d’âge, a augmenté en moyenne de 0,9 % par an sur cette période.

On ne peut donc pas résumer cette évolution à « on cherche mieux, donc on trouve plus ». On ne pourrait pas davantage l’attribuer entièrement à la pollution … mais quand même, on est en droit de s’interroger sérieusement. Les causes sont multiples et leur poids varie selon les cancers.

Notre environnement mérite aussi notre attention

Nous parlons beaucoup de ce que chacun devrait changer dans son assiette. Mais nous vivons aussi dans un environnement que nous ne choisissons pas entièrement.

Des contaminants peuvent se retrouver dans les aliments, l’eau et l’air. Certains emballages plastiques, ustensiles de cuisine, traitements de vêtements, colles ou revêtements de meubles peuvent également contribuer à nos expositions. Parmi les substances concernées figurent des résidus de pesticides, certains plastifiants, des PFAS et des composés organiques volatils.

Les perturbateurs endocriniens, capables de dérégler le fonctionnement hormonal et d’entraîner des effets nocifs, font partie de ces préoccupations. Tous les polluants ne sont pas des perturbateurs endocriniens et toutes les substances ne présentent pas les mêmes dangers. La pollution de l’air extérieur et les particules qui la composent sont, elles, classées cancérogènes pour l’être humain par le Centre international de recherche sur le cancer. Cela ne signifie pas que chaque exposition entraîne une maladie. La substance, les quantités, la durée d’exposition et les périodes de la vie comptent. Les effets des mélanges restent aussi un sujet de recherche.

Et avec tout cela, il faudrait faire ses courses, préparer les repas, habiller ses enfants et respirer tranquillement. Je comprends que l’accumulation des informations puisse donner le sentiment que tout devient suspect. J’ignore quel est le pendant de l'orthorexie à la recherche obsessionnelle du risque zéro de la chimio et éco-anxiétés.

Pourtant, nous n’avons pas à surveiller chaque bouchée ou à jeter la moitié de notre maison. Irréaliste. Mon intention est de donner des repères pour réduire les expositions évitables, sans ajouter une nouvelle angoisse ni imposer des dépenses impossibles à assumer.

Avec mes filles, cela commence par des questions

Depuis la maternelle, j’explique à mes filles pourquoi je ne souhaite pas qu’elles se maquillent les yeux, portent du vernis ou se parfument simplement « parce que les copines le font ». Aujourd’hui, les routines de « skin care » s’ajoutent à la discussion.

Sur ce sujet, je ne vacille pas. Ce n’est pas tous les jours facile. Alors j’explique, j’illustre, je réponds aux questions. Lorsque cela a du sens, nous cherchons une option plus simple et adaptée à leur âge, en regardant sa composition. À quoi sert ce produit ? En ont-elles vraiment envie ? Ou leur donne-t-on l’impression qu’elles en ont besoin ?

Je veux leur apprendre à choisir sans leur apprendre à avoir peur. Cela vaut pour les cosmétiques comme pour l’alimentation, les boissons, les écrans et les promesses de bien-être.


Prévenir sans rendre les malades responsables

La prévention primaire consiste à réduire les risques avant l’apparition d’une maladie. Le dépistage cherche, lui, à repérer une maladie à un stade précoce.

L’Institut national du cancer (INCa) estime qu’environ 40 % des cancers pourraient être évités en agissant sur des facteurs de risque connus : tabac, alcool, alimentation, activité physique ou certaines expositions. C’est sur ces facteurs modifiables que porte principalement cet article. Cela n’efface pas les autres déterminants de la maladie.

Pour le cancer du sein, environ 5 à 10 % des cas sont héréditaires, notamment en lien avec des altérations des gènes BRCA1 et BRCA2. D’autres gènes peuvent être concernés. Les 90 à 95 % restants ne sont pas pour autant tous évitables ou liés à l’hygiène de vie. 

Une histoire familiale évocatrice mérite une évaluation médicale pour déterminer l’intérêt d’une consultation d’oncogénétique. Selon le risque établi, l’âge de début de la surveillance, son rythme et les examens proposés peuvent changer. Et rappelez-vous : les antécédents du côté paternel comptent autant que ceux du côté maternel.

On peut avoir une hygiène de vie irréprochable et développer un cancer. Aucune personne malade ne devrait se sentir coupable, ni avoir à justifier son alimentation ou sa manière de vivre.


Au cabinet : rendre les conseils possibles

Ma pratique s’appuie sur les trois piliers de la naturopathie: l’alimentation, l’activité physique et l’équilibre psycho émotionnel. Ce dernier occupe une place centrale dans mon accompagnement. Concrètement, je peux aider une femme à composer des repas en tenant compte de ses goûts, de son budget et du temps disponible. À comparer deux produits au-delà de leur emballage. À faire le tri dans une routine de compléments achetés sur Internet. À retrouver une place au mouvement et des habitudes de sommeil compatibles avec son quotidien. Dire « mangez mieux » ou « soyez moins stressée » n’explique pas comment faire lorsqu’on rentre épuisée avec les enfants, les courses et le dîner à préparer. Mon travail consiste à rendre ces conseils utilisables, puis à les ajuster avec la personne pour qu’elle gagne en autonomie.


Pourquoi je me suis formée à l’accompagnement du cancer

En 2023, j’ai commencé un cursus consacré à l’accompagnement naturopathique du cancer. Ce choix s’inscrit dans mon histoire personnelle. Il est aussi porté par un engagement politique, au sens de ma contribution à la vie collective. Je l’assume. Les pouvoirs publics ont leur rôle ; j’essaie de faire ma part du colibri, à mon échelle.

J’ai notamment suivi les enseignements de la Dre Karine Beerblock, oncologue médicale, sur la cancérologie, la prévention, le dépistage et l’activité physique. J’ai également étudié la douleur avec la Dre Mireille Cherqui, anesthésiste et médecin au Centre d’évaluation et de traitement de la douleur de l’hôpital Foch.

L’accompagnement naturopathique et la relation d’aide ont complété ce parcours : comprendre les conséquences de la maladie, écouter, reformuler, respecter le rythme de la personne et construire des objectifs avec elle. Lorsque le cancer est là, nous ne sommes plus dans la prévention primaire. Nous sommes dans un accompagnement pendant et après la maladie, en complément du parcours médical.


Accompagner la personne dans sa vie quotidienne

L’alimentation et le mouvement

Pendant les traitements, l’enjeu alimentaire peut être de réussir à manger malgré les nausées, un goût modifié ou une fatigue qui rend la cuisine difficile.

Je peux aider à trouver des idées de repas accessibles et agréables, en cohérence avec les conseils de l’équipe. Une perte de poids ou des difficultés persistantes à s’alimenter doivent conduire à une prise en charge nutritionnelle adaptée. Préserver les apports compte davantage qu’accumuler les interdits.

Le mouvement adapté peut contribuer à réduire la fatigue liée au cancer et à améliorer la qualité de vie. Mon rôle est aussi d’aider à identifier les freins : peur d’avoir mal, appréhension de l’effort, perte de confiance. Lorsqu’un programme d’activité physique adaptée est nécessaire, je m’appuie sur les professionnels formés à son encadrement.

La douleur et le vécu émotionnel

Les enseignements sur la douleur ont nourri ma façon d’écouter. Je ne peux pas ressentir ce que l’autre traverse, mais je peux prendre au sérieux ce qu’elle m’en dit. Comment dort-elle ? Qu’est-ce que la douleur l’empêche de faire ? Qu’est-ce qui l’aide déjà ? Que souhaite-t-elle retrouver dans sa journée ? Mes propositions s’articulent avec l’évaluation et le traitement de la douleur par l’équipe soignante.

Font partie pleinement partie de mes outils : la respiration, la relaxation corporelle et la visualisation guidée. Je propose aussi des temps de méditation et des mouvements psychocorporels, nourris notamment par les enseignements reçus auprès de Thierry Janssen, à l’École de la Posture juste. Nous choisissons ensemble une pratique confortable et accessible, que la personne pourra retrouver entre les rendez-vous si elle le souhaite.

J’ajouterais que cet accompagnement ne demande pas de « rester positive ». La peur, la colère ou la tristesse peuvent être accueillies. Parfois, il faut des explications ; parfois, un espace pour parler ou rester silencieuse. Je souhaite apporter des ressources, sans que mes conseils deviennent une charge de plus.

Les huiles essentielles

Ma formation en olfactothérapie et en aromathérapie complète ces outils. Par l’odorat, je peux proposer une expérience sensorielle et un temps d’attention aux ressentis et aux émotions.

Certains établissements intègrent également les huiles essentielles à leurs soins complémentaires. Au Centre Léon Bérard, l’aromathérapie par voie olfactive peut être proposée pour des indications précises, notamment l’accompagnement de l’anxiété et des troubles du sommeil, dans un cadre individualisé.

Le choix de l’huile et de son utilisation tient compte de la personne, de sa tolérance et de sa situation médicale. Pendant un parcours de cancer, cette proposition se fait en lien avec l’équipe. Une odeur peut être appréciée un jour et devenir inconfortable un autre : la personne reste libre d’interrompre l’expérience.

Autre précision, cette vigilance concerne aussi les compléments alimentaires : certains peuvent interagir avec les traitements anticancéreux. Toute proposition de supplémentation doit donc être discutée avec l’équipe d’oncologie.


Des lieux qui font vivre la complémentarité

À Levallois-Perret, l’Institut Rafaël propose un accompagnement intégratif autour de la nutrition, de l’activité physique, des émotions et du bien-être. Des naturopathes y interviennent au sein du pôle nutrition. D’autres structures développent des accompagnements pluridisciplinaires : le Centre Léon Bérard à Lyon, l’Institut Curie à Paris et à Saint-Cloud, l’hôpital de jour de soins intégratifs de la clinique de la Toussaint à Strasbourg, ou encore le Centre Ressource du pays d’Aix.

Les pratiques et les métiers représentés diffèrent. Toutes les approches n’ont pas le même niveau de preuve et chacune doit être évaluée pour ses bénéfices, ses limites et ses risques. Ce qui m’intéresse dans ces démarches, c’est la place accordée à la vie de la personne pendant les soins : manger, dormir, bouger, traverser les bouleversements et conserver des projets.

 

Une responsabilité collective, un engagement personnel

La prévention existe en France. Ma question porte sur sa continuité et son accessibilité : comment passer d’un conseil ponctuel à un accompagnement qui aide réellement à changer des habitudes ?

Nous n’avons pas tous les mêmes revenus, les mêmes horaires, le même logement ni les mêmes expositions au travail. La qualité de l’eau, de l’air, des aliments et des produits mis sur le marché ne peut pas dépendre uniquement de la vigilance des citoyens et consommateurs.

Une politique de prévention doit protéger en amont et rendre les choix favorables à la santé plus accessibles. Nous ne pouvons pas demander aux individus de compenser, seuls, les pollutions de leur environnement.

Prévenir peut éviter certaines maladies et certaines dépenses. Cela signifie aussi préserver de la qualité de vie, de l’autonomie et éviter des souffrances.

C’est à cela que je souhaite contribuer, avec les moyens et les compétences qui sont les miens.

Prendre soin de sa santé devrait pouvoir commencer bien avant d’avoir besoin de soins.

Stéphanie Joachim — Naturopathe et praticienne en olfactothérapie

Découvrir mes consultations au cabinet à Lormes et en visioconférence

Un peu de poésie pour achever cet article avec La Promenade — Madame Monet et son fils de Claude Monet (1875) conservée à la National Gallery of Art de Washington.

Suivant
Suivant

Faut-il vraiment se supplémenter en oméga-3 ? — “L’Odyssée du Gras” // Partie 6