Je ne suis pas un objet de service // Interlude pour prise de parole personnelle

Depuis leur plus jeune âge, je m’efforce de faire comprendre à mes filles et ce, sans tomber dans la paranoïa, que certaines personnes peuvent être malintentionnées à leur égard. Homme, comme femme. Des personnes qu’elles connaissent, ou non. Que l’adulte peut mentir avec brio pour parvenir à ses « faims » tant son appétit de petites, jeunes filles ou moins jeunes d’ailleurs, est grand.

C’est triste mais c’est comme ça. Mieux vaut prévenir que presque jamais en guérir.

Faire comprendre dès le plus jeune âge, que l’on peut avoir très peur et du coup, faire le contraire de ce que maman ou papa a répété sans cesse, répondre, suivre, sans comprendre pourquoi on le fait. C’est physiologique, ce n’est pas volontaire.

Alors il est peut-être vain, mais régulièrement j’ai abordé le sujet façon « étude de cas». Et je continuerai à le faire car « ça » n’arrive pas qu’aux autres.

Aller au-delà de sa propre honte et revivre ce que l’on a voulu reléguer aux oubliettes-des-dossiers-traités-pour-toujours, en réussissant à parler de soi aussi, pour rendre « concret » le potentiel danger. Parce que, pour qui sait, penser les mots dans sa tête et les dire, il y a tout un monde entre les deux.

Se dépasser, par amour viscéral.

J’ai participé à un certain nombre de retraites ou cercles de femmes depuis ces dix dernières années et à chaque fois, j’ai été meurtrie au plus profond de moi par ces récits, tous très personnels. Au-delà des statistiques, on arriverait presque à croire qu’il s’agit d’une normalisation, d’un passage obligé.

Ce que l’on classe « fait divers » ne l’est pas, bien au contraire. Et je me réjouis du bruit de fond qui monte ces dernières années à la lumière des médias, des procès, des paroles encouragées qui se libèrent. Garder les bras bien haut, toujours, malgré leur poids qui pourrait décourager. Pour nous toutes et tous, pour nos ancêtres et descendant.e.s, nos ami.e.s et nos voisin.e.s, connu.e.s et inconnu.e.s.

Tous les hommes ne sont pas des salauds, ce n’est pas le propos. Mais la prédation, souvent masculine, soyons honnêtes, est directement liée au respect de la femme. Comment l’homme-chasseur considère la femme comme sa sous-espèce finalement. Et, elle lui appartiendrait. La prédation peut passer par le physique et/ou le psychisme. La violence sait se frayer un chemin avec une aisance folle.

Avec cette mise sous tension médiatique, il va devenir difficile de bredouiller que l’on ne savait pas. On nous offre ici sur un plateau le “manuel du quotidien” du prédateur : cette capacité à inverser la vapeur jusqu’à ce que la proie finisse par douter de sa propre réalité.

Dans cette mécanique, le prédateur ne se contente pas de nier, il déconstruit la perception de la victime.

On parle ici de gaslighting - terme à la mode, et tant mieux … qu’il le reste jusqu’à ce que soit bien rentré dans nos crânes. Ce « gaslighting » devient le socle sur lequel il assoit sa domination. C’est une violence silencieuse et systématique où l’homme, en position de prédateur, réécrit le scénario pour se transformer en victime, laissant la femme dans une insécurité émotionnelle totale. Décortiquer ces mécanismes, c’est le premier pas pour briser l’emprise.

Tous les types de violence sont à dénoncer. Nous sommes nombreuses, car les premières concernées, à nous demander jusqu’à quand cela durera …

Nos enfants seront-ils différents ? Les avons-nous bien éduqués ? Avons-nous montré le bon exemple ? Et avons-nous les bonnes lois ? - une fausse question bien sûr.

Encore une fois, tout est politique. A l’instar de la santé et du bien-être.

J’ai écrit ce texte parce qu’il y a beaucoup à faire en amont, tout comme j’ai choisi de me reconvertir il y a plusieurs années afin de proposer en aval, des accompagnements, dans la majorité des cas, exclusivement aux côtés du Féminin.

Je pense que tous les hommes n’apprécient pas consciemment, ou pire, inconsciemment, ce travail que font les femmes, de libération, de nettoyage …

J’ai plusieurs exemples en tête mais je choisis le dernier en date : un homme m’a contactée il y a 3 semaines par téléphone car, à cause d’un travail très-très-très important, il avait de très-très-très gros problèmes de stress qu’il devait gérer. Pour cela, il s’affairait très-très-très régulièrement sur ce qui fait la jonction entre ses jambes … afin d’alléger « sa charge mentale » et comme il était très-très-très riche, il pouvait très-très-très bien me payer … C’est très-très-très triste, mais très-très-très vrai. Je ferme la parenthèse.

Bouclons la boucle.

Ne pas se laisser piloter par ses mauvaises histoires, ses émotions est vraiment possible. C’est un long chemin, ouvert à toutes et à tous, il ne faut pas l’oublier. Des accompagnements existent selon les besoins et les possibilités de chacun.e.

Regardez autour de vous, renseignez-vous, réfléchissez et prenez soin de vous.

Sincèrement,

Stéphanie Joachim

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